Sebastian Coman Photography on Unsplash

Un faux article sur le recyclage

Hello !

Aujourd’hui, c’est picto ! La raison pour laquelle j’avais envie d’écrire cet article remonte à deux ans environ, et je pense que c’était déjà la petite graine Poubelle Rose… J’animais ce soir-là un groupe de personnes autour d’un thème qui a peu d’importance (comprendre : je ne sais plus sur lequel) et au détour d’une question, j’ai entendu quelqu’un me répondre « mais le logo du point vert, c’est pour dire que le produit est recyclable! Donc je le mets dans la poubelle jaune. »)

Le point vert n'indique PAS la recyclabilité de ton produit

J’ai sorti ma plus belle poker face pour rebondir « ok, dis m’en plus ? Et les autres, vous en pensez quoi ? » pendant que mon fort intérieur criait « mais c’est pas possible de croire ça encore aujourd’huiii ! »

Sebastian Coman Photography @ Unsplash

 

Alors cette semaine, je voulais te parler des logos du tri et du recyclage… Mais il y a déjà des sites qui l’ont très bien fait ! Si tu t'interroges sur la signification des différents logos, tu peux vous référer à cet article du blog Je Deviens Ecolo, ainsi qu’au guide de l’ADEME qui te décortiquent bien le sujet.

Car répétons-le (encore et encore), le point vert qu’on trouve encore sur certains emballages N’EST PAS une indication de recyclabilité de ton produit. Le point vert indique que le professionnel qui te vend ce produit a payé une taxe pour te faire un produit dans un plastique pas du tout recyclable (ou presque pas). C’est la belle logique de « je fabrique un produit qui va mettre entre 500 et 1 000 ans pour se décomposer, mais c’est ok parce que j’ai payé une taxe. », autrement appelée politique du pollueur-payeur. Cet organisme, à qui sont versées les taxes, s’appelle CITEO. Et qui le finance ? Les industriels qui te vendent des emballages pas recyclable (magique !)

Petite video de France 24 dispo ici:

Est-ce que cette législation basée sur la taxation a enjoint les industriels a rapidement faire décroître le nombre de leurs emballages non recyclables et favoriser des emballages plus respectueux ? Ahan. La législation n'est pas ambitieuse à ce niveau et lorsqu'elle existe, il est parfois plus rentable de polluer que de respecter la loi. Regarde les emballages de n'importe quelle grande multinationale (qui paye donc des millions à CITEO au niveau européen) pour te convaincre qu'elles n'ont pas intérêt à avoir des emballages facilement dégradables.

Tant que nous raisonnerons en termes économiques,

le changement. n’aura. jamais. lieu.

Donc les industriels ne favorisent pas les emballages recyclables, et beaucoup de monde pense encore que le point vert signifie > recyclable <. Et si je m'attache à ne prendre que des emballages réellement recyclables, me diras-tu?

Et bien la touche Poubelle Rose, ça va être de te dire pourquoi il ne faut pas… recycler.

 

GRAIN DE SEL POUBELLE ROSE

Quooii ? Ne pas recycler ? Espèce de trumpiste déguisée en Thunberg ! (trumberg ?).

Non, comme je le répète – et cette leçon vaut pour moi également qui ait des progrès à faire là-dessus – le recyclage n’est pas une solution durable.

Si on revient à nos basiques, le recyclage c’est le 4° des 5R, dans les grandes lignes du zéro déchet : Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler, Rendre à la terre.

 

Je lisais encore hier matin un billet très intéressant (et un peu triste) de la Boucle Verte et de la raison de leur arrêt d’activité. Je t’invite à lire cet article - qui a beaucoup tourné hier - et qui te dresse avec des mots très simples tout un parcours de désillusion sur la filière recyclage et sur la complexité du sujet. Le recyclage consomme énormément d’énergie, ne permet pas de remettre les compteurs à zéro pour réutiliser la même matière à l’infini. Le recyclage a ses limites.

Les industries, les entreprises, l’Etat aussi, incitent au recyclage car :

  • C’est une économie à part, qui génère de l’argent, de la richesse. C’est un secteur qui pèse, vraiment.
  • Cela permet de continuer à produire sur le même business model qu’habituellement (canette, brique, bouteille…) et de ne bousculer personne. Oui les industriels payent une taxe dessus, mais c'est peu comparé à leurs profits
  • Cela ne gêne pas nos habitudes de consommation ! On veut nos pots de yaourt en plastique, et nos canettes de soda!

Oui, il est important de noter également notre propre responsabilité en tant que consommateur, car les torts sont partagés. Qui n’a jamais acheté tel ou tel contenant en se déculpabilisant car « oh c'est bon, il est recyclable »?

 

PETIT TOUR DES MATIERES PRETENDUMENT RECYCLABLES

Le plastique est dans la ligne de mire de tout le monde, source de tous les maux... mais on l'adore quand même dans nos vies modernes. Seulement, en plus de provenir de sources pas du tout infinies, il y a maintenant tellement d’alliages différents que son recyclage est quasi impossible. Et pour les plastiques qui le sont, ils ne le sont pas à l’infini. Les logos que tu vois sur les emballages (comme ceux-ci) t’indiquent les types de plastique dont il s’agit, et te donnent juste un aperçu de la complexité du problème.

Tu as toute la problématique résumée dans cette excellente vidéo de 5 minutes:

Seuls 2% de tous les plastiques effectivement recyclés le seront plus d’une fois, et parmi le peu de plastiques qui se recyclent, leur performance réduit avec le temps et ne sont donc pas recyclable à l’infini. On est loin de la boucle vertueuse qu’on nous vend si souvent, non ?

L’aluminium : on nous le vante beaucoup comme étant 100% recyclable, à l’infini, etc. L’avis de La Boucle Verte, qui s’était justement lancée dans ce secteur, est bien plus nuancé. On ne peut le recycler à l’infini dans l’espoir de ne plus avoir à extraire de bauxite; son recyclage est extrêmement coûteux, ce qui incite certains industriels à repartir avec du neuf plutôt que du recyclé; et beaucoup de canettes sont perdues dans le tri et finiront enfouies en décharge de toute façon. Pas si glop que ça, finalement.

Le verre : à nouveau, le recyclage du verre est extrêmement énergivore (et coûteux). Et bien sûr, le nettoyage du verre pour le rendre propre à la consommation, le respect des normes d’hygiène, etc. est lui aussi très coûteux. Pour autant, le verre est un matériau extrêmement résistant (on en trouve sur les chantiers d’archéologie après tout) et nous avons besoin d’une volonté politique qui n’ait pas comme seul critère l’économie pour réinstaurer la consigne. Certains industriels engagés l’ont remise au goût du jour d'eux-mêmes, afin de les inclure dans le process de leur propre circuit. Je salue ces initiatives, qui sont pleines de courage ! Zero Waste France fait également du lobbying auprès du gouvernement pour le retour de la consigne et leur dossier est accessible ici

 

ET MOI DANS TOUT CA, JE FAIS QUOI ?

La lecture de cet article semble peut-être pessimiste et finit un peu par dire que, quel que soit l'emballage, il sera polluant. C'est vrai. C'est pas très agréable à dire. MAIS. C'est bien l'emballage à usage unique qui est décrié. Bien que tu ne puisses pas changer l’industrie à toi tout.e seul.e , certaines solutions sont déjà accessibles et doivent devenir un automatisme pour tous (pression de la demande, pour influencer l’offre) :

Celle de REFUSER les emballages que tu peux éviter, les couverts et verres en plastique, il faut leur dire adieu à tout jamais. Concrètement, il faut avoir le courage de dire non quand on t’en propose, et il faut avoir le courage de se dire non, de ne pas prendre cette bouteille de jus de fruit dans un superbe plastique pas recyclable, ou autre truc qui te fait envie si le pack n'est pas réutilisable, recyclable ou compostable. Avoir le courage de refuser de consommer, en somme.

Celle de REDUIRE tes besoins, les quantités, etc. Revoir nos modes de vie pour aller vers plus de légèreté et de frugalité, c’est pas facile. Mais réenchanter nos idéaux de vie avec d’autres rêves, nouveaux et sans déchet, crois-moi c'est un bon pas sur le chemin du bien-être (et c’est un challenge long-terme !)

Celle de REUTILISER : c’est ici que la consigne a tout son sens, car on se passe de la phase destruction-reconstruction du recyclage. C’est essayer de trouver des solutions circuit-court pour du refill (remplissage). Comme un fromager qui accepte tes contenants, ou un vendeur qui aurait une citerne de jus de fruit dans laquelle tu peux remplir ta propre bouteille (j'en rêve!), etc.

Tout ce qui est avant RECYCLER, dans notre hiérarchie des 5R doit nous aiguiller sur les choix à faire. Quand le problème devient compliqué, on revient aux basiques. Simplifier plutôt de de complexifier.

 

Quelques ressources sur le blog qui peuvent t'aider:

 

Bonne semaine !

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